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Un ancien combattant Maï Maï incitant au désarmement

201502. Photo Shabani - DRC story

Pendant 10 ans, Shabani Luangela fut membre d’un groupe armé Maï Maï actif dans l’est de la R.D.Congo. A partir de 1996, il avait lui-même été séduit par la propagande de haine visant les Banyamulenges[1] qui avaient supposemment l’intention de venir s’approprier les terres des Babembes.[2] Devenu chef logistique au sein du groupe, il décida de retourner à la vie civile en 2006, à l’occasion de la mise en œuvre d’un programme national de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR). Puis, engagé au sein d’organisations locales, il mena des campagnes de sensibilisation pour la paix, avec un engouement qui ne manqua pas de lui construire une réputation, conduisant ainsi à sa nomination en tant que Responsable du Comité de Négociateurs (CN) de Baraka, en territoire de Fizi.

Trois CN ont été créés en 2014 dans le Sud-Kivu à l’initiative de structures locales appelées Cadres de Concertation Intercommunautaire (CCI). Ces structures sont elles-mêmes issues des communautés locales qui avaient participé à un processus de Recherche Action Participative (RAP). Cette méthodologie est employée par LPI et ses partenaires congolais, RIO[3] et ADEPAE[4] (dans les territoires de Fizi et Uvira), afin d’inciter les populations communautés locales au dialogue. Ce processus RAP avait permis aux communautés de parvenir à une meilleure compréhension commune des conflits locaux et de leurs origines, ainsi que d’identifier des solutions viables. Alors que les CCI sont de plus en plus reconnues, par les autorités et les populations locales, comme des médiateurs de conflits capables d’influer sur les politiques locales, les CN sont chargés d’appuyer la démobilisation des groupes armés.

Shabani Luangela est l’un des pionniers dans ce domaine. Vivant de ses activités agricoles, il donne bénévolement de son temps pour cette cause qui lui est chère. Il a passé de nombreuses années à parler avec les membres des différentes communautés, afin de gagner leur confiance. Par conséquent, ce sont maintenant ces populations qui lui fournissent des informations sur les membres des groupes armés et la manière de les contacter. Dans le contexte actuel, où le plan DDR III n’est pas encore mis en œuvre par les autorités, Shabani et son équipe de 10 négociateurs bénévoles doivent individuellement aller à la rencontre des membres armés dans l’espoir de les convaincre de déposer les armes, et ce malgré l’absence de perspectives économiques encourageantes. LPI et ses partenaires s’engagent à soutenir les hommes et les femmes comme Shabani, dont le dévouement est indispensable pour parvenir à une paix durable dans la région.

[2] Les Banyamulenges et Babembes sont deux groupes ethniques congolais principalement présents en territoires de Fizi et Uvira, dans la province du Sud-Kivu.

[3] Le Réseau d’Innovation Organisationnelle (RIO), créé à Bukavu en 2002, est membre de l’organisation Eglise du Christ au Congo. Sa mission est de promouvoir la paix en soutenant des communautés locales œuvrant pour la transformation de conflits.

[4] Action pour le Développement et la Paix Endogènes (ADEPAE) est une organisation non confessionnelle fondée en 1997 à Bukavu (Sud-Kivu), et disposant d’un bureau provincial à Goma (Nord-Kivu). Sa mission est d’accompagner les populations des ces deux provinces dans la transformation des conflits et dans la promotion de la bonne gouvernance pour contribuer à la construction d’une paix durable.