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Les relations multidimensionnelles entre Djibouti et le monde arabe

La République de Djibouti est un Îlot francophone entouré par un océan arabo-anglophone. Située à la pointe de la Corne de l’Afrique, elle dispose d’une superficie de 23200km² et d’une population avoisinant les 900 000 habitants. En dépit du  caractère restreint de son territoire, cette jeune nation rassemble toutes les communautés de la sous-région et d’ailleurs. Si son isolement linguistique pendant la période coloniale ne posait aucun problème, en revanche, une fois l’indépendance proclamée, cette situation ne s’accommodait plus avec l’ambition de la jeune République de s’affranchir du joug colonial en s’intégrant dans son espace arabe. De ce fait, l’adhésion officielle de Djibouti à la Ligue Arabe intervient le 4 septembre 1977. Elle devient à cette occasion, après le Soudan et la Somalie, le troisième pays afro-arabe de cette organisation panarabe. La proximité géographique, les liens historiques, religieux et culturels  sont les principales raisons de cette adhésion. Il faut souligner, par ailleurs, qu’appartenir au bloc arabe procure à cette jeune nation un indéfectible soutien diplomatique et financier. Enfin, la position géographique avantageuse de Djibouti a été un élément décisif dans cette adhésion du fait qu’elle  contribue grandement à valoriser l’importance géostratégique globale du monde arabe.

Aussi loin que l’on remonte dans l’Histoire, les peuples de la Corne de l’Afrique, dont celui de la République de Djibouti, ont entretenu des rapports suivis avec l’Arabie voisine. Il en est né des liens solides que l’avènement de l’Islam a considérablement approfondis. Le facteur géographique a joué un rôle déterminant dans le tissage des relations originelles comme dans la diffusion de la troisième grande religion monothéiste. Conséquence de ces liens historiques, la République de Djibouti appartient au monde afro-arabe. Cela explique que les autorités gouvernementales aient engagé dès l’accession à l’indépendance une politique multidimensionnelle avec le bloc arabe. Cette démarche a pour objectif de réhabiliter et raffermir une identité nationale bafouée par plus d’un siècle de colonisation.

Cet article vise à analyser succinctement les liens culturels, diplomatiques et économiques de Djibouti avec le monde arabe.

La politique d’arabisation

La politique d’arabisation du pays s’est faite à travers son introduction dans le système éducatif national. Le gouvernement de la jeune République, après une période difficile entre 1977 et 1982, promut l’enseignement de la langue arabe à partir de la 5ème année du primaire. L’insuffisance des moyens humains, l’absence de programme d’arabe approprié mais aussi de manuels et de méthodes pédagogiques adaptés ont été les principaux obstacles  rencontrés par le jeune gouvernement djiboutien dans la mise en œuvre de sa politique de promotion de la langue arabe. Face à cette situation, le gouvernement se trouva dans l’obligation de faire appel à la générosité de l’ALESCO (Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences) et des États arabes. Ces derniers envoyèrent des enseignants d’arabe de nationalité tunisienne qui entrèrent en fonction dès la rentrée scolaire de septembre 1978. Il faut noter aussi que certains pays frères contribuèrent généreusement en fondant des écoles (madrasas) à Djibouti et en accordant des bourses aux étudiants voulant poursuivre leur cursus dans ces pays. Au premier rang de ces nations, se trouvent l’Irak, l’Arabie Saoudite et le Yémen. Malgré les difficultés rencontrées, la première phase de l’arabisation de Djibouti a connu  de bons résultats.

Depuis l’arrivée au pouvoir d’Ismail Omar Guelleh, en 1999,  une seconde étape de l’arabisation du pays a été franchise. En effet, à l’instar du français, cette deuxième phase d’arabisation a eu pour but d’approfondir l’enseignement de la langue arabe à partir des premières classes à l’école primaire. Une telle démarche se fixait comme objectif de former une génération de Djiboutiens parfaitement bilingue et visait à inscrire définitivement Djibouti dans le champ arabe. De même, dans la Constitution djiboutienne, le français et l’arabe sont les deux langues officielles du pays. Aujourd’hui, le succès de la politique de l’arabisation est une réalité palpable dans le quotidien des Djiboutiens. En effet, en plus du système éducatif, l’arabe est présent dans les médias (radio, télévision, presse), les enseignes des ministères et autres lieux publics sont désormais en arabe et en français, des cours en commerce sont dispensés en langue arabe pour les hommes d’affaires nationaux, des foires arabes sont régulièrement organisées par la Chambre de Commerce de Djibouti et le pays dispose d’un journal quotidien publié entièrement en langue arabe (Al-Qarn). Aujourd’hui, la place de plus en plus prépondérante qu’occupe l’arabe à tous les niveaux des institutions éducatives, d’une part, et le nombre sans cesse croissant des Djiboutiens et des Djiboutiennes diplômés des universités arabes,  d’autre part, démontrent l’indéniable succès de la politique d’arabisation de Djibouti.

Les liens diplomatiques

Aussitôt l’indépendance du pays proclamée, les pays arabes  – l’Arabie Saoudite, l’Egypte, le Yémen, la Libye, la Somalie, le Soudan en tête – se sont empressés d’établir des relations diplomatiques avec Djibouti. Du fait de ses ressources financières limitées, Djibouti créa à son tour des missions diplomatiques auprès de ces pays. Depuis 1999, le nouveau Président de la République a fait de l’intégration de Djibouti dans son environnement géopolitique arabe l’un des axes stratégiques prioritaires de sa politique étrangère. Cette démarche a eu pour conséquence une véritable revitalisation des relations diplomatiques entre Djibouti et les pays arabes. En effet, la création de nombreuses missions diplomatiques djiboutiennes dans les pays arabes tels que le Qatar, le Koweït, les Emirats Arabes Unis, le Soudan et le Maroc demeure la démonstration  d’une évidente volonté politique de mieux s’intégrer dans cet espace arabe. De plus, l’ouverture de plus en plus d’ambassades arabes à Djibouti explique l’intérêt qu’accordent ces pays à son endroit. Les visites incessantes qu’effectuent les leaders politiques tout comme les hommes d’affaires des pays arabes du Golfe en République de Djibouti constituent aussi un signe supplémentaire du succès de cette nouvelle approche des autorités du pays qui accordent une importance particulière à la diplomatie économique.

La coopération économique et commerciale

Au lendemain de l’accession à l’indépendance, la jeune République a bénéficié d’un soutien financier constant et conséquent de la part des pays arabes du Golfe, notamment l’Arabie Saoudite qui s’illustra par sa générosité sans limite à l’égard de Djibouti. Aujourd’hui, de nombreux projets sont finalisés ou en cours de l’être grâce aux capitaux privés et publics des pays arabes. A l’inverse de l’absence de confiance des entreprises occidentales, surtout françaises, dans le potentiel de l’économie djiboutienne, les investisseurs et les institutions financières arabes accordent un intérêt toujours croissant. Ces investissements arabes bénéficient aussi bien au secteur privé qu’au public et ce sur le long terme. C’est le cas de la construction du port ultramoderne de Doraleh, il y a dix ans, et du développement des infrastructures du vieux port djiboutien dans le cadre d’un partenariat avec DP World, un opérateur portuaire émirati, depuis le début des années 2000. Ces ports, de standard international, sont considérés comme les plus sophistiqués de la région. C’est le cas aussi du projet de la construction du futur complexe universitaire de Djibouti. Il sera réalisé avec le concours du Fonds Arabe pour le Développement Économique et Social (FADES).

Conclusion

Au-delà de la langue, l’Islam et plus généralement la culture arabo-musulmane sont une partie intégrante de l’identité djiboutienne. Bien que Djibouti soit situé sur le continent africain, les Djiboutiens ont toujours eu le sentiment d’être plus arabes qu’africains. Par ailleurs, leur africanité est remise en doute par les africains eux-mêmes. Selon une lecture historique généralement admise, les ancêtres des Djiboutiens auraient traversé la mer Rouge en provenance de la péninsule arabique pour s’établir sur les côtes africaines et se seraient mélangés aux populations locales.

C’est à l’aune de ces facteurs historiques et identitaires qu’il faudrait comprendre et interpréter les liens culturels, diplomatiques et économiques actuels de Djibouti avec le monde arabe.

[Summary] In Djibouti and the Arab world: A Multidimensional Relationship

Ambassador Djama Omar Idleh’s article Djibouti and the Arab world, A Multidimensional Relationship constitutes an introduction to the cultural, diplomatic and economic links shaping the relationship between the French-speaking Republic of Djibouti and the Arab countries. 

After briefly referring to the historical and geographical factors that link Djibouti with the Afro-Arab world, the author concentrates on the Djiboutian governmental efforts to break out of the country’s isolation derived from its colonial legacy. With this aim in mind, he identifies and concisely analyses three main dynamics which contributed to the intensification of the relationship between Djibouti and its Arab neighbors: the arabization of the country, the strengthening of diplomatic links and the deepening of the economic and commercial cooperation with Arab countries.

Firstly, policies promoting Arab language among the Djiboutian society are considered by the author as key contributions to the emergence of a bilingual society, whose cultural exchanges with Arab countries have been increasing in the past decades. In arguing for this position, Ambassador Djama Omar Idleh highlights the example of the introduction of Arab lessons in Djiboutian schools at the beginning of the 1980s and its long-term repercussions. In addition to deepened cultural links, the author focuses on the new strategic priorities of the Djiboutian foreign policy. He notably chooses to dwell on the multiplication of diplomatic missions of Arab countries in Djibouti and the reciprocal increase of Djiboutian diplomatic representation in Arab countries, perceived as a strong symbol of the re-emergent diplomatic relations between Djibouti and its neighbors.  After mentioning the importance granted by the Djiboutian authorities to economic diplomacy, the author finally emphasizes the intensification and widening scope of foreign investments from Arab Gulf countries as a sign of the fruitful economic and financial cooperation between Djibouti and its partners.

To conclude this succinct study, the author invites the reader to interpret these dynamics through an in-depth analysis of the identity and historical features of Djibouti. 

L’ambassadeur Djama Omar Idleh est un haut diplomate djiboutienne et chercheur qui a servi comme ambassadeur en France et a une vaste expérience dans le Moyen-Orient. Il est actuellement basé au Centre de recherche et d’études (IEPES) à Djibouti. Il peut être rejoint au Omar_djama@yahoo.fr .

Bibliographie

Anouar Abdel-Malik, La pensée politique arabe contemporaine, Seuil, 1970.

Jean-Jacques Schmidt, Vers une approche du Monde arabe, Dauphin, 2000.

Georges Mutin, Géopolitique du Monde arabe, Ellipses, 2005.

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